REGARDS SUR ... L'ALLEMAGNE  

Dossier sur l’enseignement bilingue francophone réalisé par l’Ambassade de France en Allemagne, Service de coopération et d'action culturelle, Bureau de coopération linguistique et éducative

LE SYSTÈME SCOLAIRE ALLEMAND - REPÈRES

Il existe en Allemagne quatre types d’établissements d’enseignement secondaire :

- la
Hauptschule : 5 ans de scolarité, élèves de 10 à 15 ans, enseignement général menant à un Hauptschulabschluss (premier certificat de fin d’études) ;
- la
Realschule : 6 ans de scolarité, élèves de 10 à 16 ans, enseignement général approfondi menant à un Realschulabschluss (diplôme scolaire intermédiaire) ;
- le
Gymnasium : 9 ans de scolarité, élèves de 10 à 19 ans, enseignement général intensif menant à l’Abitur (équivalent du baccalauréat français) ;
- la
Gesamtschule qui propose, au sein d’un même établissement, les trois types de cursus présentés ci-dessus.

Actualité
Aujourd’hui, la tendance générale est à une réduction du temps de scolarisation au sein des
Gymnasien, visant notamment une harmonisation des temps de scolarité au sein de l’Union européenne. Dans la plupart des Länder, la scolarité au sein des Gymnasien est passée de 9 à 8 ans, une réforme qui nécessite un réaménagement progressif des structures et des programmes scolaires.


LES DISPOSITIFS BILINGUES

Il existe en Allemagne trois types de dispositifs bilingues à profil franco-allemand dans l’enseignement secondaire général : les établissements préparant à l’AbiBac, les sections bilingues, les lycées franco-allemands.

Les établissements préparant à l’AbiBac

Définie lors d’une déclaration conjointe en 1987, la délivrance simultanée de l’Abitur allemand (Allgemeine Hochschulreife) et du baccalauréat français est devenue une offre de droit commun en Allemagne comme en France à la suite de la signature, le 31 mai 1994, d’un accord intergouvernemental lors du Sommet franco-allemand de Mulhouse. Les établissements préparant à l’AbiBac possèdent le plus souvent des sections bilingues à profil franco-allemand fondées sur le jumelage d’établissements et sur la conception commune de projets qui trouvent leur réalisation au cours de contacts réguliers et d’échanges. En 2006-2007, 42 établissements allemands proposent, dans 9 Länder, cette double délivrance, comme 45 lycées en France et 5 lycées français en Allemagne relevant de l’AEFE.

Sections bilingues – repères chiffrés

Considérés comme une priorité dans le domaine de la coopération franco-allemande, les établissements à sections bilingues, les plus nombreux et les plus représentatifs de l’interprétation allemande du concept d’enseignement bilingue, donnent un aperçu éclairant de la situation de l’enseignement bilingue francophone en Allemagne.
Créées six ans après la signature du Traité sur la coopération franco-allemande en 1963, les sections bilingues ont désormais accumulé près de quarante ans d’expériences dans l’enseignement du français à travers des disciplines non linguistiques. Elles ont servi et servent encore aujourd’hui de référence, inspirant la création d’autres sections bilingues en Allemagne comme dans d’autres pays européens.
Dans leur Déclaration conjointe du 30 mai 1994 sur la réalisation d’actions communes de coopération franco-allemande dans l’enseignement scolaire, le Plénipotentiaire de la République Fédérale d’Allemagne et le ministre français de l’Éducation nationale réaffirmaient leur volonté « de promouvoir l’offre des filières bilingues à profil franco-allemand » en instituant un programme commun de développement et de coopération : promotion, développement, aménagement et extension, dans les deux pays partenaires, des filières bilingues franco-allemandes.

Conformément à la Déclaration conjointe signée le 7 décembre 1995, un programme de coopération entre les sections européennes d’allemand en France et les filières bilingues à profil franco-allemand en Allemagne a ainsi été mis en place (EKP, Gemeinsame Entwicklungs - und Kooperationsprogramm für zweisprachige Bildungsgänge mit französischem Profil). Mis en œuvre et suivi par une commission d’experts issus des ministères de l’Éducation français et allemands, ce programme a pour objectif un développement qualitatif et quantitatif des sections bilingues dans les deux pays. Le réseau EKP compte aujourd’hui près de trente partenariats d’établissements et travaille en étroite collaboration avec l’Office Franco-Allemand pour la jeunesse (OFAJ).

Les lycées franco-allemands

Aujourd’hui, trois établissements répondent à l’appellation officielle de « Lycées franco-allemands » : le Lycée de Buc en France (78) et les lycées franco-allemands de Sarrebruck et de Fribourg en Allemagne. Les élèves y sont répartis en deux sections, française et allemande ; l’objectif est l’intégration des élèves de ces deux sections dans tous les cours, sauf pour les cours de langue maternelle, à la fin du second cycle. Dès le CM2, en anglais, E.P.S., arts plastiques et musique, les élèves assistent à des cours communs dispensés par des professeurs français – détachés ou recrutés locaux – et allemands. L’histoire-géographie, la biologie deviennent à leur tour disciplines d’intégration à partir de la 4e. Les élèves peuvent également suivre, dans la langue du partenaire, des cours de mathématiques et de physique-chimie. Les programmes sont élaborés d’un commun accord entre les deux pays et débouchent sur un baccalauréat dit « de l’enseignement franco-allemand ».


LES ÉTABLISSEMENTS DES SECTIONS BILINGUES

À la différence des lycées franco-allemands, les sections bilingues sont intégrées dans le système scolaire allemand. Elles sont ouvertes dans des établissements ordinaires, majoritairement des Gymnasien, mais aussi dans un établissement polyvalent (Gesamtschule) en Rhénanie-Palatinat, et dans une dizaine de Realschulen en Sarre, Rhénanie-Palatinat et Rhénanie du Nord Westphalie. Certains Länder tardent à ouvrir des sections bilingues francophones ; c’est notamment le cas du Brandebourg, de Brême et de la Saxe-Anhalt.
Chaque établissement allemand est jumelé avec un établissement français sur la base d’un projet pédagogique pluridisciplinaire élaboré en commun et donnant lieu à une collaboration qui s’étend sur une année scolaire et débouche sur un échange.
Tous les deux ans, les établissements se rencontrent, alternativement en France et en Allemagne, profitant de ces « journées du réseau » pour présenter leurs projets, échanger leurs expériences et réfléchir ensemble à l’avenir de ce dispositif.
En Allemagne, la Fédération des lycées à section bilingue franco-allemande (Arbeitsgemeinschaft der Gymnasien mit zweisprachig deutsch-französischem Zug in Deutschland) fédère les 85 établissements membres du réseau. Avec l’appui de l’Ambassade de France, cette Fédération s’occupe, entre autres, de la formation continue des professeurs, de la création de matériel didactique, de l’organisation de rencontres franco-allemandes des lycées à section bilingue ou encore de la collaboration avec la Fédération des parents d’élèves des lycées à section bilingue franco-allemande en Allemagne.

Le Lycée français de Berlin, une spécificité unique au monde

Le Lycée français de Berlin – traditionnellement appelé Collège Français – est, de par son histoire, « unique au monde ». Fondé en 1689 pour accueillir les enfants des Huguenots, le Collège Français a fusionné en 1953 avec le Lycée français créé par le gouvernement militaire après 1945, pour donner la structure binationale qui fonctionne encore aujourd’hui. Établissement en gestion directe de l’AEFE mais régi par le droit scolaire berlinois, le Lycée français de Berlin ne manque pas de spécificités : une direction binationale (un proviseur français et un proviseur allemand), une administration gérée par un Comité Consultatif dont les présidents sont un représentant du Sénateur à l’éducation de Berlin et le Conseiller Culturel de l’Ambassade de France, la préparation suivant les programmes français de deux diplômes (baccalauréat et Abitur), et depuis la rentrée 2006-2007 également de l’Abibac… La scolarité débute au CM2 pour aller jusqu’en Terminale (sections L, ES, S). Actuellement fréquenté par 848 élèves, dont 361 inscrits sous l’administration allemande et 487 sous l’administration française, l’établissement a su maintenir sa tradition d’accueil et son originalité. Une vingtaine de nationalités sont représentées au lycée. Depuis deux ans, le lycée s’est fixé comme objectif, dans son projet d’établissement, l’amélioration de l’intégration des élèves dans les classes, en développant la réflexion interculturelle au niveau pédagogique, l’amélioration du cadre et de la qualité de vie, la fusion des deux cultures scolaires en mettant en œuvre les points forts et les réussites de chacun des deux systèmes.


LE FONCTIONNEMENT DES SECTIONS BILINGUES

Les sections bilingues viennent enrichir l’offre de français dite « classique » proposée par nombre d’établissements secondaires allemands, au delà même de l’option Leistungskurs Französisch, enseignement approfondi de la langue française proposé par quelques écoles.
Elles sont astreintes aux programmes nationaux et débouchent sur l’Abitur. Ce diplôme de fin d’études secondaires porte, dans ce cas, une mention spéciale « enseignement bilingue » attestant que l’élève a suivi un cursus bilingue et a présenté une épreuve au moins en français lors de l’examen final. 45 sections débouchent quant à elle sur l’AbiBac (voir ci-dessus).

Les sections bilingues s’ouvrent, très majoritairement, en première classe de premier cycle (en cinquième année de scolarité, équivalent au CM2 français) avec le choix du français en première langue vivante (LV1). Durant les deux premières années, la LV1 bénéficie d’un enseignement renforcé visant à une meilleure maîtrise de l’oral et préparant à un enseignement disciplinaire en français. À compter de la troisième année, l’enseignement du français se poursuit selon l’horaire ordinaire et un enseignement disciplinaire en français est introduit (géographie, histoire, et dans certains cas, éducation civique en sus), également selon l’horaire ordinaire.

L’enseignement bilingue, linguistique et disciplinaire, se poursuit jusqu’à l’Abitur. À partir de la 10e classe, l’élève a obligation de choisir un cours approfondi de français et un cours fondamental d’une des DNL étudiées antérieurement en français. Les disciplines enseignées dans la langue étrangère relèvent le plus généralement des sciences humaines (géographie, histoire, sciences sociales, éducation civique), et sporadiquement, à titre facultatif, d’autres domaines (éducation physique et enseignement artistique).
Une place importante est par ailleurs attribuée aux échanges : un séjour d’au moins trois semaines est prévu dès la seconde année du premier cycle, échange qui peut se répéter plusieurs fois jusqu’au terme de la scolarité.

Ce modèle sert l’acquisition par l’élève d’une double compétence, linguistique et interculturelle, grâce à une construction progressive des savoirs, à une judicieuse répartition des contenus à traiter dans l’une et l’autre langue et à un contact direct avec la culture voisine.


LE BILINGUISME - SITUATION ACTUELLE

Les sections bilingues font actuellement l’objet en Allemagne d’une réévaluation liée notamment au regain d’intérêt des autorités européennes pour les initiatives en faveur d’une meilleure qualité des enseignements linguistiques. Les autorités administratives et politiques des différents Länder prônent ainsi un enseignement plus intensif des langues, qui s’inspire très directement des filières bilingues en les étendant par exemple hors du cadre du lycée classique, aux Realschulen et aux Gesamtschulen. Ce sont cependant les sections bilingues germano-anglaises qui ont plus particulièrement bénéficié de cette politique linguistique. En peu de temps, le chiffre des lycées offrant une section anglaise a dépassé celui des sections françaises. Il existe néanmoins des exemples en faveur du français dans les Länder frontaliers, notamment dans le « sillon rhénan » en Bade-Wurtemberg, région frontalière où le français reste très présent et devrait devenir, dans les Gymnasien, LV1 obligatoire à la rentrée prochaine. Les sections bilingues franco-allemandes ont par ailleurs su « se défendre » contre toute tendance au recul. On note même des chiffres croissants d’élèves dans les établissements. Il y a, par ailleurs, d’autres motifs d’optimisme, comme, par exemple, le nombre croissant d’élèves s’inscrivant aux examens du DELF et du DALF. Ce système de certifications permet aux candidats – au delà ou à l’intérieur du cadre scolaire – d’évaluer leurs compétences linguistiques, et de voir leur maîtrise de la langue française reconnue officiellement.

Une nouveauté en Rhénanie du Nord-Westphalie : des modules « Bilingue pour tous »

En Rhénanie du Nord-Westphalie, tous les Gymnasien, Realschulen et Gesamtschulen pourront proposer aux élèves de 8e ou de 9e classe, ayant les compétences linguistiques requises, et ce, dès la rentrée de septembre 2007, un enseignement bilingue dans des disciplines non linguistiques.

L’enseignement bilingue peut prendre différentes formes, et être dispensé ponctuellement :
- modules thématiques courts dispensés en langue étrangère (matières non linguistiques) ;
- ateliers spécifiques menés en langue étrangère ;
- projets et activités pluridisciplinaires favorisant l’apprentissage de la langue étrangère dans un cadre extrascolaire ;
- modules d’enseignement linguistique à vocation professionnelle.

À partir de la 10e classe, dans les Gymnasien et Gesamtschulen, les élèves doivent choisir une seconde langue étrangère. Ils peuvent néanmoins ne pas suivre les cours de langue « classiques », mais préférer apprendre cette deuxième langue via une discipline non linguistique.


LE MANUEL D'HISTOIRE FRANCO-ALLEMAND

En juillet 2006 est sorti le premier tome du manuel d’histoire franco-allemand publié en allemand par les éditions Klett et en français par les éditions Nathan. Cet outil pédagogique original retrace l’histoire de l’Europe du point de vue des deux États voisins.
Le premier tome « L’Europe et le monde depuis 1945 » est déjà utilisé dans les écoles, les deux prochains « Du congrès de Vienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale » et « De l’Antiquité à Napoléon » sont en cours de préparation. Ils seront ainsi disponibles en version allemande et en version française.
Ce manuel, dont l’idée fut lancée en 2003 par le Parlement franco-allemand pour la Jeunesse, prépare les lycéens au baccalauréat et à l’Abitur et permet aux professeurs comme aux élèves de confronter concrètement deux traditions historiques et didactiques. S’inscrivant dans une démarche d’approfondissement du partenariat entre l’Allemagne et la France, il correspond par ailleurs tout à fait aux besoins des sections bilingues à profil franco-allemand. Outil pédagogique très précieux, il sert de source de réflexion à d’autres pays européens qui envisagent de publier des ouvrages similaires.

Vient de paraître : Bilingualer Unterricht in der Zielsprache Französisch, Entwicklung und Perspektiven, Olivier Mentz, Sebastian Nix, Paul Palmen (Hrsg.), Gunter Narr Verlag Tübingen, 2007 : un ouvrage collectif par les principaux acteurs du bilinguisme franco-allemand en Allemagne, avec de nombreux renvois à une bibliographie de plus en plus abondante.


ENTRETIEN

Avec Paul Palmen, ancien professeur de géographie en section bilingue franco-allemande, Inspecteur de français de la région de Cologne et Président de la Fédération des sections bilingues franco-allemandes en Allemagne.

Premières impressions
Le dernier examen passé avec succès, mes études universitaires achevées, me voilà professeur à temps plein dans l’un des premiers lycées à section bilingue franco-allemande. Un vrai défi : donner des cours de géographie en classe bilingue, c’est-à-dire enseigner devant des élèves allemands et étrangers en parlant une langue qui n’est ni la leur ni la mienne, les inciter à prendre la parole en français sur des sujets assez compliqués et leur donner envie d’acquérir ce que l’on appelle aujourd’hui une « compétence interculturelle ». À mon arc, quelques flèches : une maîtrise assez bonne de la langue et un examen en géographie passé avec brio… Mais aucune préparation pédagogique - le concept de « section bilingue » venant tout juste de naître, aucun matériel didactique et une formation continue quasi inexistante !
Le démarrage a été quelque peu pénible, particulièrement lorsqu’il s’est agi de préparer les cours. Mais la réaction du « public », c’est-à-dire des élèves, fut ma récompense. Les classes étaient assez homogènes, travaillaient bien, s’intéressaient plus aux thèmes abordés que les classes non-bilingues ; les résultats étaient encourageants : la section bilingue semblait promise à un bel avenir !

Les échanges
Deux semaines en France, les élèves hébergés dans les familles de leurs « corres' » : une expérience inoubliable pour les jeunes participants comme pour leur professeur. L’amitié franco-allemande vécue au jour le jour, les larmes au départ des cars, les échanges de lettres, les liens tissés entre les familles… Je découvrais des élèves fiers de leur performance linguistique et conscients de contribuer à la construction d’une Europe unie au sein de laquelle deux anciens adversaires se sont transformés en partenaires. La fierté du professeur d’avoir contribué par son travail à une tâche qui devrait réunir nos deux pays et en faire les moteurs de l’Europe : voilà ce qui, pendant presque vingt ans, m’a poussé à redoubler d’efforts et à prendre un rôle actif dans le développement des sections bilingues franco-allemandes.

Je me suis très tôt engagé dans la Fédération des lycées à section bilingue franco-allemande en Allemagne : je participais à des stages de formation continue, animais moi-même des modules de formation, écrivais des articles didactiques … Le « bilingue » n’a pas cessé d’éveiller les consciences et de retenir l’attention. Au fil des ans, les sections gagnaient en ampleur, les méthodes étaient améliorées, et les résultats commençaient à intéresser un public de plus en plus large. J’étais ravi de la tournure que prenaient les choses, mais restais conscient des étapes qu’il fallait encore franchir : développer un matériel didactique adapté, convaincre mes différents interlocuteurs de la valeur ajoutée des sections bilingues franco-allemandes…

Prendre des responsabilités
Aujourd’hui, en tant qu’IPR-IA à Cologne et Président de la Fédération des sections bilingues franco-allemandes en Allemagne, j’essaie de partager des convictions qui m’ont toujours accompagné dans ma vie professionnelle : l’idée que l’apprentissage d’une langue n’est pas seulement utile en cours, mais permet également, et surtout, de communiquer, bien au-delà du cadre scolaire, avec différentes personnes, quels que soient leurs origines, leurs métiers, leurs lieux de résidence… ; l’idée de donner aux jeunes les moyens linguistiques leur permettant de communiquer avec d’autres jeunes Européens, mais aussi celle de veiller à la continuité de l’amitié franco-allemande, modèle d’un partenariat noué malgré une Histoire difficile.

Acquérir des compétences interculturelles va bien au delà du simple apprentissage de la langue. Il faut créer un cadre permettant aux jeunes de comprendre la culture de l’autre, de la respecter, d’anticiper les décisions de ses voisins, de se mettre dans la peau de l’autre comme de pouvoir s’identifier à lui. C’est pourquoi la formule « langue de travail » ne suffit pas pour décrire les caractéristiques fondamentales des sections bilingues en Allemagne. C’est la langue d’un partenaire que l’on enseigne et que l’on défend, et ce, en se battant contre une uniformité linguistique menaçante. Les sections bilingues franco-allemandes servent, je crois, de modèles, leur valeur est reconnue, en Allemagne comme à l’étranger, mais attention à ne pas se reposer sur ses lauriers. Continuons à avancer !


TÉMOIGNAGES

Traduction d’un extrait de Bilingualer Sachfachunterricht aus der Sicht der Eltern (l’enseignement bilingue de disciplines non linguistiques du point de vue des parents d’élèves), de Harald Knorn, journaliste.

« L’apprentissage d’une langue étrangère a toujours deux dimensions, voire trois dans le cadre d’un cursus scolaire bilingue. Il s’agit d’abord de développer une compétence linguistique spécifique grâce à l’apprentissage de la grammaire et du vocabulaire, puis de découvrir la culture, l’histoire, l’identité du pays dont on apprend la langue. Les cours de langue – dispensés à l’école – n’ont pas pour seul but un bilinguisme optimal, une maîtrise parfaite de la langue apprise, à l’oral comme à l’écrit. Ils permettent également – et surtout – d’apprendre à connaître les hommes et femmes qui parlent ou ont parlé cette langue, de découvrir leurs modes de vie et de pensée, leur littérature... La troisième dimension, essentielle, est, dans le cadre d’un enseignement bilingue de disciplines non linguistiques, l’utilisation de supports originaux, de textes (livres, articles de presse, matériel pédagogique) qui donnent un aperçu des événements internationaux et des évolutions sociales et sociétales, et ce du point de vue de l’ « autre pays ». L’Afrique, la Serbie, l’Irak, la politique écologique, les évolutions sociétales (« Famille et marché du travail ») et débats sociaux (« Chômage et criminalité juvénile ») sont autant de domaines qui sont traités, en France et en Allemagne, parfois de façon différente, parfois de façon similaire. Il est aujourd’hui essentiel, au sein d’une Europe grandissante, que les élèves découvrent qu’il existe diverses façons d’aborder, sur le fond comme sur la forme, l’histoire contemporaine et de comprendre l’actualité. L’enseignement bilingue prend tout son sens dès lors qu’il remplit cette mission […].»

Traduction d’extraits de Deutsch-französischer Unterrricht: richtungsweisende Vorbereitung auf Studium und Beruf (Le cursus franco-allemand : une préparation ciblée aux études et au marché du travail) de Anne Wetzel, ancienne élève allemande issue du "bilingue" aujourd’hui assistante de la secrétaire générale du Conseil régional de la région Nord-Pas-de-Calais.

« À mon entrée en section bilingue franco-allemande, au lycée, je n’imaginais pas à quel point ce choix serait décisif pour mon avenir, universitaire comme professionnel. Cela fait aujourd’hui douze ans que je vis en France et c’est grâce à cette immersion précoce dans la langue et la culture françaises que j’ai pu aborder avec plus de légèreté ma nouvelle vie dans le pays voisin.»

« Les mots de vocabulaire nous étaient expliqués en français, très rarement traduits, si bien que nous avons très tôt appris à ne pas traduire systématiquement, à ne pas chercher à comprendre chaque mot, à comprendre le sens des mots inconnus selon le contexte. Cette méthode m’a accompagnée tout au long de mes études et je l’applique encore aujourd’hui : elle m’a servi pour l’apprentissage d’autres langues étrangères, et m’a permis, professionnellement comme personnellement, de rencontrer, avec plus de facilité, des personnes de diverses nationalités. Si je ne comprends pas tout tout de suite, je ne cède pas à la panique et ne me décourage pas. Je préfère me fier au contexte ou attendre les explications qui ouvrent des portes vers l’inconnu, vers l’ « ignoré » et facilitent la compréhension, le dialogue.»

« Étudier une discipline non linguistique en français permet non seulement de se familiariser très tôt avec du vocabulaire spécifique, de découvrir l’histoire et la culture françaises et francophones, mais également, et surtout, de comprendre qu’il n’y a pas qu’une seule « vision des choses » - une vision allemande – mais que l’histoire, la politique… peuvent être abordées de différentes manières. Se familiariser dès son plus jeune âge avec du matériel pédagogique provenant d’un autre pays (nous utilisions des manuels français) ouvre de nouvelles perspectives, aiguise le regard, l’attention et l’écoute vis-à-vis des autres cultures.»


CARTE DES CLASSES BILINGUES EN ALLEMAGNE 2006-2007