FOCAALE - Synthèse comparative de la recherche

29 d’alphabétisation soulève des réserves. On en revient à cette idée de l’importance de cibler les besoins et de s’adresser par exemple plutôt à des adultes qui veulent accentuer leur développement personnel, à d’autres qui visent à obtenir un diplôme pour accéder à un emploi. L’accueil des participants est une phase déterminante pour mettre en confiance, déceler les besoins, orienter les personnes. Lavoie développe aussi l’idée qu’au niveau des institutions, un des obstacles par rapport à la participation à une formation est dû au fait qu’elles sont peu reconnues excepté par la finalité du diplôme professionnel ou général. Or, bon nombre d’adultes ne sont pas à la recherche de ce diplôme et poursuivent d’autres objectifs. La reconnaissance d’autres compétences - relatives à l’implication citoyenne – ne menant pas à un diplôme traditionnel, encouragerait des adultes à s’inscrire en formation. Ils pourraient utiliser cette reconnaissance dans diverses sphères de la vie ou pour continuer un jour leur formation. L’analyse démontre la nécessité de sortir la formation des adultes de la seule logique de l’obtention d’un diplôme pour trouver des finalités réalistes, atteignables et reconnues sur le marché du travail qui stimule les adultes à entreprendre une formation. Cet accueil bienveillant doit se poursuivre dans le cadre de la classe. Une fois le cap de l’inscription en formation passé, des réticences persistent, parfois d’un autre ordre. Par exemple, Parson et Tabbal Amella (2013) soulignent que « la question de l’entrée dans l’écrit a peu été étudiée au regard d’adultes n’ayant pas été scolarisés ». Il y a certains mécanismes de résistances à l’apprentissage. Il est important de prendre en compte ces barrières dispositionnelles dans la construction des programmes de formation. La formatrice sera attentive à créer des espaces d’échange ou d’expression relatifs à ces obstacles. Mariela de Ferrari (2004) parle des conditions préalables à l’apprentissage, à savoir les trois fondamentaux qui sont Accueillir, s’Impliquer et Regarder. Un regard positif envers les apprenants leur permet de développer leur confiance en eux. Il est aussi important de créer un climat de confiance, de développer un regard égalitaire, positif, et de faire le pari de l’intelligence. Les connexions entre l’ici et l’ailleurs, entre moi et l’autre L’apprentissage ne peut se faire dans un espace clos qui ne tiendrait pas compte des acquis des personnes, ni de leur histoire, ni de leur culture, ni de leur manière d’être, ni de leur mode d’apprentissage et de communication. Claude Springer (2017) préconise de prendre des points d’appui sur le carrefour de liens sociaux qui se nouent et se dénouent entre le lieu d’origine et le lieu d’accueil : la migration n’est pas un simple déplacement spatial, mais le migrant est un acteur social qui vient avec un projet de vie. La réalité est complexe et il y a toujours à la fois une distance et une proximité entre l’ici et l’ailleurs. Les réseaux sociaux et les connexions maintiennent cette proximité. L’apprentissage doit tenir compte de cette connexion. On ne peut considérer l’apprenant comme une personne déracinée, inculte, sans projet. Le migrant est un acteur social, porteur d’un projet migratoire (Claude Springer, 2017). La vie sociale des associations au quotidien est un carrefour d’ici et d’ailleurs. Or, les principales propositions de formation linguistique ignorent cette richesse. Elles ne prennent en compte que la seule vision de l’insertion dans le pays d’accueil. Elles ignorent la réalité sociale du migrant connecté.

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