Suivre France Éducation international

La littératie des données à l’ère des IA génératives : un levier de compréhension et de dialogue des systèmes éducatifs

Rencontre internationale - 1er juillet 2026

Texte

La synergie de trois institutions clés pour un enjeu international

La rencontre internationale « La littératie des données à l’ère des IA génératives : un levier de compréhension et de dialogue des systèmes éducatifs », organisée le 1er juillet 2026, est née d’une initiative conjointe de l’Institut international de planification de l’éducation de l’UNESCO (IIPE-UNESCO), de la Direction du numérique pour l’éducation (DNE) du ministère de l’Éducation nationale et de France Éducation international (FEI). Réunissant des responsables institutionnels, experts, chercheurs et praticiens issus de nombreux pays, cet événement a également bénéficié de l’éclairage de M. Abdel Rahamane Baba-Moussa, secrétaire général de la CONFEMEN, dont la conférence inaugurale a inscrit la réflexion dans une perspective internationale et francophone, attentive à la diversité des contextes éducatifs.

Ce rapprochement inédit scelle une alliance stratégique indispensable face aux mutations rapides insufflées par le numérique, l’ouverture des données publiques et l’essor des intelligences artificielles génératives. En croisant l’expertise mondiale de l’IIPE-UNESCO en matière de planification, de gouvernance et d’analyse comparée des politiques publiques, la vision territoriale de la DNE centrée sur la gouvernance algorithmique et l’acculturation aux usages, ainsi que le savoir-faire de France Éducation international dans la coopération éducative et la mise en réseau des acteurs, la journée a dépassé le cadre théorique pour offrir une lecture complète des enjeux contemporains. Cette complémentarité entre vision systémique, pilotage opérationnel et ouverture internationale a permis d’articuler la réflexion autour d’un questionnement central : comment transformer les données éducatives et les outils d’IA en ressources fiables, intelligibles et utiles, capables d’éclairer les décisions publiques, d’étayer le travail des professionnels et de stimuler un dialogue responsable entre les systèmes éducatifs ?

Dans un monde où les décisions publiques [...] sont de plus en plus structurées par les données et par l’IA, savoir lire, savoir interroger, savoir mettre en contexte une donnée devient une compétence civique essentielle [...].

Henri de Rohan-Csermak
Directeur général de France Éducation international
Texte

De la donnée brute à l’usage éclairé : les composantes d’une appropriation critique

Historiquement restreintes à la gestion administrative et au suivi statistique, les données éducatives irriguent désormais l’évaluation des politiques publiques, la transparence institutionnelle, l’appui pédagogique et l’information citoyenne. Leur maîtrise constitue avant tout un enjeu démocratique et un préalable indispensable à l’exercice d’une citoyenneté numérique éclairée. Pour que la donnée serve réellement l’intérêt public, elle ne peut se contenter d’exister ou d’être accessible : elle doit être compréhensible, pertinente et s’appuyer sur des infrastructures de qualité ainsi qu’un cadre éthique rigoureux.

Les échanges ont ainsi mis en lumière une certitude partagée : la donnée n’est jamais neutre ou spontanément parlante, elle procède toujours de choix de collecte, de catégorisation et d’interprétation. Ni la mise à disposition brute d’informations ni le simple déploiement d’outils d’IA générative ne sauraient suffire à faire évoluer les pratiques. Si ces technologies facilitent l’exploration de volumes complexes d’information, elles recèlent aussi des risques d’erreurs, de biais ou d’opacité qui imposent une vigilance constante.

Dès lors, le principal défi consiste à bâtir une véritable littératie des données à tous les échelons du système éducatif. Cette compétence, qui dépasse la simple technique pour engager l’esprit critique et l’éthique, doit doter l’ensemble des acteurs : des décideurs aux enseignants, jusqu’aux élèves et à leurs familles, des clés nécessaires pour transformer la donnée brute en connaissance éclairée. C’est à ce prix, en garantissant la traçabilité des méthodes et le maintien d’un arbitrage humain, que les algorithmes pourront s’inscrire dans un pilotage éthique et efficace de l’école.

Des réponses plurielles pour une ambition commune

Les communications introductives, le panel international réunissant des représentants du Royaume-Uni, de l’Espagne, du Luxembourg, de l’Estonie, de la France, de la Lituanie et de l’Italie, ainsi que les ateliers collaboratifs ont permis de faire converger une grande diversité d’expériences nationales.

Ces travaux ont montré qu’il n’existe pas de réponse unique, les démarches devant s’ajuster à l’organisation de chaque système, au degré de centralisation, à la maturité des infrastructures et aux cultures professionnelles locales. Un consensus fort se dégage néanmoins : la donnée ne prend tout son sens que lorsqu’elle est contextualisée, débattue et exploitée dans le cadre d’une responsabilité éthique partagée.

La présente synthèse restitue les enseignements majeurs de cette rencontre. En croisant les cadrages stratégiques, les retours du terrain et les points de vigilance identifiés, elle entend tracer les voies d’un usage des données et des intelligences artificielles qui concilie l’efficacité du pilotage, l’accessibilité pour les praticiens, la protection des droits et le développement de la coopération éducative internationale.

« Les données ne suffisent pas, pour qu’elles servent réellement l’intérêt public : elles doivent être accessibles, compréhensibles, pertinentes […] sinon la transparence

Audran le Baron
directeur du numérique pour l’éducation
Texte

Conférence inaugurale

Littératie des données et intelligence artificielle : les conditions d’un pilotage éducatif souverain

À partir de l’expérience de la CONFEMEN et de son Programme d’analyse des systèmes éducatifs (PASEC), dans sa conférence inaugurale, le professeur Abdel Rahamane BABA-MOUSSA, secrétaire général de la CONFEMEN, rappelle que l’intelligence artificielle ne constitue un levier pour l’éducation que si les données sont fiables, contextualisées et réellement maîtrisées par les acteurs des systèmes éducatifs.

Produire plus de données ne suffit plus : il faut pouvoir les utiliser

Les données sont devenues indispensables au pilotage des systèmes éducatifs : elles permettent de suivre les apprentissages, d’orienter les politiques publiques, d’allouer les ressources et d’évaluer les réformes. L’IA générative peut faciliter leur traitement, leur analyse et leur présentation, notamment lorsque les volumes d’informations sont importants.

Pour autant, le défi principal ne réside plus seulement dans la production de données. Il consiste à développer la capacité des décideurs, cadres, enseignants et autres acteurs éducatifs à les lire, les interpréter et les mobiliser pour l’action. La littératie des données constitue ainsi une compétence stratégique : elle transforme l’information disponible en connaissance utile à la décision.

Une réponse de l’IA peut être plausible sans être juste

L’intelligence artificielle produit des résultats à partir de données, d’algorithmes et de probabilités. Elle peut formuler des réponses cohérentes, mais qui ne sont ni nécessairement exactes, ni complètes, ni adaptées au contexte auquel elles s’appliquent.

L’usage de l’IA en éducation doit donc reposer sur trois exigences : former les utilisateurs à apprécier la qualité des sources et des données ; maintenir un contrôle humain sur les analyses produites ; mettre en place des règles transparentes et des évaluations régulières des outils utilisés. L’IA peut soutenir la décision, mais elle ne doit pas s’y substituer.